De la peau à la chair : l’envers du corps
Cet article entreprend d’examiner les limites du concept d’image du corps dans la clinique des maladies dermatologiques graves, et plus spécifiquement des Maladies Bulleuses Auto-Immunes (MBAI). À partir d’une approche psychanalytique, celui-ci soutient l’hypothèse selon laquelle ces pathologies ne relèvent pas uniquement d’une atteinte de la forme corporelle dans sa dimension spéculaire, mais confrontent le sujet à une expérience plus radicale de déliaison, inhérente à l’exposition de la chair dans sa dimension informe. Le chaos est ici envisagé comme expérience incarnée. La méthodologie repose sur une étude clinique qualitative menée en service hospitalier de Dermatologie, incluant des verbatims de patients et l’analyse de productions graphiques. Les résultats mettent en évidence l’effondrement des repères imaginaires usuels, l’échec de la fonction de bord assurée par la peau de par la désagrégation des limites corporelles, et l’émergence d’une expérience de chaos corporel. La douleur apparaît alors, paradoxalement, comme un possible point d’ancrage, faisant fonction de dernier bord subjectif en réponse à la déliaison. Cette réflexion conduit à proposer un déplacement conceptuel – de l’image du corps vers la notion de chair – afin de dégager les enjeux cliniques, et d’interroger la posture du clinicien face à ces expériences limites – par extension, liminales.
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