La psychopathie comme figure de la haine
La colère est un spasme ; la haine, une ossature. La première éclate et s’épuise tandis que la seconde persiste et organise. Et c’est dans cet écart que se laisse entrevoir la logique du fonctionnement psychopathique : celle-ci n’étant pas tant réductible à une succession d’irruptions pulsionnelles qu’à la sédimentation d’un vouloir-nuire qui se confond peu à peu avec l’identité même du sujet. La haine, ici, n’est pas un accident, mais une modalité d’existence – une entreprise obstinée, entêtée, qui se rejoue et se renforce à mesure qu’elle se prolonge.
D’Aristote à Descartes, de Spinoza à Jankélévitch, en passant par Sartre, nous verrons que cette passion se distingue de la colère par sa froideur, et par l’abstraction qu’elle suppose : le fait est qu’elle ne vise pas tel défaut, telle offense, mais bien l’existence d’autrui comme telle. La haine psychopathique s’élève somme toute à ce degré de pureté paradoxale : elle n’exige pas de voir souffrir, mais seulement de voir disparaître. Elle agit le plus souvent dans une relative indifférence, mais avec une radicalité qui confère aux individus concernés une cohésion singulière.
Une telle contradiction – qui va jusqu’à combiner un appareil physiologique atone avec une subjectivité animée par une malignité tenace – pourrait constituer le ressort principal de ce style si particulier d’être-au-monde. Car la haine relie ce que tout semble opposer : passivité et combativité, rationalité et impulsivité, détachement et acharnement. Elle devient parfois habitude, culminant dans une ascèse nihiliste que la plupart des aménagements psychopathiques viennent illustrer.
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